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Haji Noor Deen Mi Guang Jiang

Quand on parle de l’art de la calligraphie, on pense le plus souvent à l’écriture arabe mais aussi à la calligraphie japonaise ou chinoise (sini). Les traditions calligraphiques chinoise et arabe ont d’ailleurs souvent été comparées comme les deux plus belles manifestations du monde de la parole écrite.

Sur ce podium, je vais ainsi m’attarder cette fois sur la calligraphie sino-arabe avec un calligraphe chinois d’exception qui a su allier 2 univers…

Haji Noor Deen

Le Sini (en arabe صيني) est un style de calligraphie utilisé en Chine pour l’écriture arabe. Ce terme fait référence à tout type de calligraphie chinoise islamique, mais il est habituellement utilisé pour désigner celle qui utilise des effets plutôt épais et larges. Le sini utilise souvent des motifs floraux ou abstraits qui ne vont pas à l’encontre de l’enseignement traditionnel de l’islam. Bien qu’on le trouve dans d’autres régions, il est plutôt utilisé dans les mosquées de la Chine orientale.

Un célèbre calligraphe utilisant ce style est Haji Noor Deen Mi Guangjiang.

Une rencontre entre deux cultures

Dès le 7ème siècle, avec la propagation de l’islam en Chine, les musulmans chinois ont incorporé certaines caractéristiques de la calligraphie chinoise dans la calligraphie arabe traditionnelle.

Aujourd’hui, bien que le recensement des musulmans en Chine soit sujet à divergence, la Chine compte une très grande population musulmane (plus qu’en Arabie saoudite) : avec une fourchette de 30 à 100 millions selon les sources (2,1 à 7,5 % du total de la population chinoise) et plus de 35 000 mosquées.

Fusion entre calligraphie chinoise et calligraphie arabe

Selon le lieu géographique, la calligraphie sino-arabe peut être divisée en trois branches (ou écoles) : le nord, le sud et l’ouest. La calligraphie arabe traditionnelle en Chine est vive et variée. Les styles traditionnels Diwani et Thuluth, ont récemment fait leur apparition dans le milieu calligraphique chinois et sont devenus très populaires.

Voici quelques types de calligraphie arabe dans le style chinois :

  • Calligraphie du Coran dans le style chinois.
  • Calligraphie en style large.
  • Calligraphie représentative.
  • Calligraphie au pinceau.
  • Calligraphie illustrée à la main.

D’autres encore peuvent être réalisées et ce sur différents supports. Tels que sur du tissu, des sculptures sur bois, des gravures de monuments, des broderies, etc…

Sur la photo ci-dessous (à gauche) le calligraphe a écrit en arabe mais en jouant avec le style chinois !
Sur la photo de droite, il s’agit d’une Sourate du Coran « Al Fatiha »

Arrivez-vous à lire ?

(Photo à gauche) Il est écrit la chahada. En partant du haut à droite et en lisant vers le bas : لا إله إلا الله محمد رسول الله « Lâ ilâha illaLlah Mohammed rasoul Allah »

Bien qu’ayant des points communs, il existe de nombreuses différences entre l’art de la calligraphie arabe et le sini.

Par exemple, en calligraphie arabe les lettres sont codifiées et ont des proportions spécifiques : ce sont les nuqtas. (Dans le style Thuluth que je pratique le plus on notera par exemple la lettre Alif de 7 pts de hauteur et la lettre Ba en 6 pts de largeur)

En sini ce système de points n’existe pas. Le calligraphe va jouer sur les largeurs de traits et sur la balance et l’équilibre de la composition de façon générale.

Les outils utilisés

Tout comme pour la calligraphie arabe traditionnelle, pour le matériel, les 3 éléments importants sont le papier, l’outil et l’encre.
Pour le sini, les outils sont légèrement différents de la calligraphie arabe (qui se fait généralement avec un calame). On va s’inspirer de la calligraphie chinoise en utilisant plutôt des brosses (en bois, en bambou, en paille ou en lin) et des pinceaux particuliers.

Certains calligraphes n’enveloppent pas leur pinceau en bambou de tissu. Ils frappent le haut de leur pinceau à plat avec un marteau, puis le trempent dans l’eau pour le rendre doux. Ensuite, ils écrivent directement avec.

Un calligraphe au parcours atypique

Né en 1963 dans la province de Shangdong, en Chine, Haji Noor Deen va ainsi mélanger deux mondes dans un nouveau style calligraphique qui lui est propre.

Internationalement reconnu

Haji Noor Deen a été inclus dans la liste des « 500 musulmans les plus influents de 2009 à 2020 dans le monde » par l’Université de Georgetown, aux États-Unis.

Son talent et la beauté de ses œuvres lui ont valu des invitations à des conférences et des ateliers dans des établissements renommés du monde entier. Dont notamment l’Université de Harvard et l’Université de Cambridge pour ne citer qu’eux.
La plupart de son temps il forme aussi des étudiants en calligraphie arabe. Nombre d’entre eux sont devenus des calligraphes à succès.

Il a exposé son travail dans plus de 20 pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Irlande, l’Australie, Singapour et les Émirats arabes unis.

Bref aperçu de son cheminement…

Haji Noor Deen est diplômé de l’école de calligraphie égyptienne Sadate à l’âge de 34 ans, en mai 1997. Il a reçu le certificat de calligraphe arabe en Égypte, devenant ainsi le premier chinois à recevoir ce prix prestigieux.

1999 Honneur décerné par le directeur de l’Association égyptienne de calligraphie le 26 avril. Ensuite, il a été accepté par l’Association égyptienne de calligraphie comme membre le 14 juin.

2000 Haji Noor Deen a initié et enseigné le premier cours de calligraphie arabe régulier au Collège islamique de Zhengzhou en Chine.

En 2005, une pièce intitulée « Les 99 noms de Dieu » a été acquise par le British Museum pour être exposée dans leur galerie d’art islamique.

Le 11 octobre 2016, le professeur Haji Noor Deen a reçu le Prix de l’économie islamique 2016 du Centre de développement de l’économie islamique de Dubaï dans la catégorie Arts islamiques.

En 2017, Haji Noor Deen a reçu un certificat de calligraphie arabe, appelé Ijaza, des maîtres calligraphes Hasan Celebi Hoca, Dawood Bektash, Farhad Kurlu et Ahmed Kocak Hoca à Istanbul, en Turquie. Il a été le premier calligraphe chinois à être honoré par l’école de calligraphie ottomane.

Actuellement, Haji Noor Deen développe sa propre galerie, « La Maison chinoise des arts de la calligraphie arabe islamique » et le « Centre créatif de calligraphie arabe », à l’Académie nationale de peinture et de calligraphie de la province du Henan, en Chine.

Si vous remarquez bien, la calligraphie à gauche de son logo est bien écrite en arabe : il s’agit de son nom !

Mélange de poésie, de techniques et de savoir-faire, la calligraphie sini est un art contemporain à part entière mondialement reconnu.

C’est aujourd’hui un héritage du patrimoine islamique en Chine, et un trésor culturel et artistique du monde.

Est-ce que vous connaissiez ce style de calligraphie ? Qu’en pensez-vous ?

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1 commentaire pour “Haji Noor Deen Mi Guang Jiang”

  1. Bonjour,
    C’est un article super intéressant !
    Je ne connaissais pas ce type de calligraphie. Merci pour le partage et d’ouvrir nos horizons.
    Je te souhaite beaucoup de succès.

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